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La chance de s’appeler Bordeaux – le début de l’histoire d’une grande légende.

Giovanni Curcio

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Je souhaite commencer une histoire simple, que je préférerais décliner en plusieurs “d’épisodes”, pour ne pas s’ennuyer. J’ignore si je dois vous parler d’un vin qui porte le nom d’une grande ville ou vous parler d’une grande ville qui porte le nom d’un vin!

Découvrons quelques petites anecdotes sur Bordeaux et ses vins; un endroit et une boisson pleins de significations, et de symboles. Un vin et un commerce qui ont contribué à une légende unique, indissoluble…bonne lecture.

Aujourd’hui, il est tout à fait clair pour nous que les villes les plus développées, qui ont le plus réussi dans le commerce et la domination d’autres peuples, se trouvent toutes sur la côte Atlantique.

Dans la mythologie grecque, Atlas était un titan qui portait le globe sur ses épaules. Pensez simplement, même pour les Grecs, qui connaissaient peu l’Atlantique, cette grande quantité d’eau a dû compter beaucoup.

Certes, pendant des siècles, la Méditerranée et non l’Atlantique était le centre du monde, mais après la découverte des Amériques, les choses ont changé et à l’époque élisabéthaine du XVIIe siècle, tout commerce se faisait désormais sur l’océan.

La ville viticole la plus développée à l’époque était certainement Bordeaux; personne n’aurait pensé à expédier les vins de Beaune ou même du Rhin par exemple dans une autre partie du monde. Imaginez le voyage qu’auraient à affronter ces pauvres vins, combien de vicissitudes, combien de pillages!

Entre autre, Bordeaux a toujours été un peu à part, une ville protestante, l’Aquitaine avant le français, parfois l’anglais; même s’il faut l’admettre, parfois même le néerlandais. Bref, pour les puritains bordelais “pecunia non olet”, l’argent n’a jamais eu d’odeur ni de drapeau, et cela a facilité les échanges avec tout le monde.

Mais comment une région agricole, en si peu de temps, est-elle devenue un point important, si important qu’elle a également supplanté La Rochelle? D’ailleurs, Bordeaux a-t-elle toujours exporté du vin?

La première question est assez laborieuse et complexe, tandis que pour la seconde, quelques explications peuvent clarifier nos idées.

Pour répondre brièvement, Bordeaux a toujours exporté du vin, mais aussi de la farine et de l’huile, ayant été une ville portuaire influente depuis le XVIIe siècle. Or comme monnaie d’échange, il acceptait souvent des esclaves. Oh oui, car le port aquitain était aussi le point central de la plus grande traite négrière.

Imaginez, une famille protestante de négociants, exportant son vin vers le Ghana, le Togo, le Bénin, le Nigeria, l’Angola, le Mozambique à de riches expatriés blancs, et se faisant payer par des hommes, des femmes en bonne santé, peu instruits, complètement analphabètes et soumis à n’importe quel sort. Qui ramène le butin humain à la maison, pourrait (ce butin) le revendre mille fois plus cher. Mille fois plus cher car exotique, le vin faisait déjà partie de toute la culture française, européenne et blanche, tandis que les esclaves noirs ne le font pas. Dans les pays d’outre-mer, d’Afrique et des Caraïbes, cependant, il y avait l’effet inverse. Le vin, comme la farine blanche, l’huile, était produit pour les riches, avec un effet symbolique de pouvoir et de richesse important, et donc avec une valeur suffisamment grande pour être échangé contre hommes et femmes.

Des noms comme Laffont, Guestier (Barton & Guestier, Beychevelle), Stuttenberg (Biré et Verdonnet), Baour etc … créeront leur fortune de l’esclavage et de la traite des esclaves. Ce sera aussi un excellent financement pour transformer des fermes en châteaux, ou au moins dans des maisons bourgeoises et des gisements de barriques dans des maisons aristocratiques appelées maison de négoce. Un fleuve d’argent qui a tant profité au vin, que pour en faire un symbole de richesse et donner à ses commerçants un pouvoir politique hors du commun. Aucune «nourriture» à partir de ce moment n’aura jamais autant de puissance que le vin.

Pourquoi est-ce que je parle de tout cela?

Bordeaux et ses vins ont toujours été un symbole d’opulence, de richesse, mais aussi de raffinement; il est donc bon d’en connaître les fondements.

Je conclus cette très courte excursion sur l’histoire du commerce dans la capitale aquitaine. Plus tard, nous parlerons de l’évolution de tout cela, de ce qui s’est passé après l’abolition du trafic. Évidemment, les vins de cette grande région seront alors à l’avant-garde de la technique de conservation, à l’avant-garde du raffinement; mais surtout le grâal de tous les amateurs de vin.

adaptation par Mathias di Lauro Sanseverino

Sommelier de l'année 2022 Gault&Millau Luxembourg

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