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Storie - Histories

Une conversation avec Jean-Sébastien Marionnet de la maison Henry Marionnet.

Giovanni Curcio

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Aujourd’hui j’ai eu la chance d’avoir en visioconférence Jean-Sébastien Marionnet de la maison Henry Marionnet(vidèo fond de page), c’est-à-dire le domaine Charmoise (lieu-dit). Marionnet représente, pour tous les amoureux de l’histoire du vin, un archéologue, l’un des rares de l’hexagone à avoir rallié la recherche des traditions anciennes au bon vin.

En 1921, le domaine de la Charmoise est acheté par le grand-père de Jean-Sébastien. Puis, entre 1967 et 1968, le père de Jean-Sébastien, Henry (que j’ai eu la chance de rencontrer chez Lucas Carton), a repris la société et déraciné tout le vignoble en le plantant en vitis vinifera, c’est-à-dire en raisins de cuve nobles, car dans le vignoble se trouvaient des hybrides essentiellement américains avec un excellent rendement quantitatif résistants bien à l’humidité et au froid, mais produisent une qualité moindre. Henry les remplace par ces pieds de vignes dits nobles, capables de produire moins mais de meilleure qualité. Gamay et Sauvignon Blanc seront plantés sur ce domaine de 60 hectares avec un sol appelé à “perruches”, c’est-à-dire argile et silex avec quelques morceaux de silicium et de graviers.

M. Henry entame un véritable parcours d’étude et de valorisation non seulement de ce domaine mais de toute la série des appellations et des réalités du vin qui les entourent avec une attention particulière.

On pourrait presque dire que les cépages dans ce domaine sont le sujet et non un simple outil pour produire du vin.

Nous sommes à Soings, pas très loin de Blois, en Touraine, le climat continental qui embrasse littéralement le gamay et est capable de produire d’excellents sauvignons blancs.

Les deux tiers de la production proviennent du vin rouge et un tiers du vin blanc; la vraie particularité de cette maison sont ces cinq hectares et demi plantés non greffés, ou pre-phylloxeriques). Nous avons déjà parlé du phylloxéra et de ses conséquences sur l’ensemble du vignoble en transformant la quasi-totalité de la superficie mondiale cultivée en vigne, en boutures greffées sur pied américain, dont auparavant on ignorait l’existence justement. Seuls quelques vignobles dans le monde ne sont pas greffés de cette manière, comme au Chili (où le phylloxéra ne s’est jamais développé cause de la cordillère des Andes), à Lanzarote(sol volcanique et sableux) et évidemment il y a des exceptions dans de nombreux endroits où les producteurs ont eu la vision et surtout la patience d’étudier la terre et de planter la vigne d’un pied libre.

Évidemment avec le temps cette excellente maison a interdit le soufre et aujourd’hui presque la totalité des vins sont sans soufre ajouté.

Le domaine possède le plus ancien vignoble de France (documenté INRA) d’environ 200 ans, cultivé en Romorantin, le cépage de l’appellation Cour-Cheverny (la seule appellation d’environ 55 ha à être plantée avec ce cépage).

Certaines sources historiques parlent du Romorantin comme d’un cépage unique introduit par François Ier dans le Loir et Cher dans la seconde moitié du XVe siècle. Certaines études posthumes mentionnent ce cépage comme un croisement entre le Gouais Blanc et le Pinot noir.

Jean-Sébastien et son père ont alors créé une cuvée à base de raisins dit “oubliés”: le gamay à jus rouge. Le gamay, comme le pinot noir, est un raisin noir à jus blanc (c’est-à-dire que si le moût n’est pas macéré avec la peau, il peut produire un vin blanc), mais une variété ancienne et rare de gamay a du jus rouge, également appelé gamay de Bouze, car il vient de Bouze le Beaune. Ce Gamay était déjà catalogué par Caumartin en 1923 et était souvent utilisé comme cépage colorant, pour donner de la couleur à certains vins pauvres en polyphénols ou issus de millésimes modestes. Cependant, il a été démontré que vous pouvez faire un excellent travail avec ce gamay et qu’il vaut la peine de s’y intéresser.

Il y a cinq ans une autre aventure impliquait cette maison; le château de Chambord a décidé de produire du vin et les a choisis pour superviser toutes les opérations, car le domaine est géré comme une entreprise distincte et aussi la vinification a lieu en locomotive.

14 Ha  planté à pinot noir (4 ha),  romorantin bien sûr,  sauvignon blanc et  menu pineau aussi appelé orbois.

Le domaine Henry Marionnet produit aujourd’hui des vins blancs, rouges et rosés. Une lignée de sauvignon blanc d’une grande fraîcheur et buvabilité, passant par la vinifera plus complexe aux pieds de la vigne sans greffage (pré-phylloxerique), avec des raisins comme le sauvignon et le chenin blanc. On ne peut manquer de mentionner le Provignage, le romorantin pré-phylloxérique planté avec l’ancienne technique gréco-romaine de provignage, qui consiste à mettre une branche de la vigne dans le sol pour faire proliférer plus tard une autre plante (technique abandonnée avec les premières cultures à flanc de coteau du 400D .C: environ).

Le gamay rosé, le rouge et celui déjà mentionné dans le jus rouge.

Évidemment pour ce domaine, un livre autobiographique ne suffirait pas, je me suis permis d’en parler très brièvement.

J’ai eu cependant de la chance dans la dernière question que j’ai posée à Jean-Sébastien: dites-moi deux étiquettes que vous emporteriez avec vous lors de votre voyage?, de m’entendre répondre: la cuvée Renaissance et la cuvée Provignage. Heureusement, j’ai goûté ces deux vins plusieurs fois dans ma carrière et surtout pour le romorantin, même dans des millésimes différents et avec une avolution différente.

Romorantin, cuvèe Provignage:

souvent une belle robe jaune doré qui va vers une couleur ambrée très agréable au fil des années. Le nez révèle des arômes de mirabelle et de pêche jaune très mûres, avec le temps des sensations épicées ouvrent la gamme aromatique vers l’anis étoilé et le girofle. La bouche est ample, longue et large, l’équilibre est étonnant, car avec une structure aussi imposante et une acidité qui n’attaque pas et qui reste presque timide, on peut retrouver une bouche nette et fraîche, soutenue par une minéralité en finale; ce qui allonge son rythme et sa persistance gustative. Si vous deviez regarder la vidéo, je pense que le chapon serait génial.

La cuvée Renaissance: gamay non greffé, strictement sans soufre.

Une couleur rubis brillant plutôt uniforme qui, au fil des années, ajoute des tons volumineux vivants au grananthe. Arômes rappelant les petits fruits rouges mûrs et raffinés. Framboises, myrtilles, soutenues par une note qui me rappelle le panettone (peut-être parce que c’est Noël).

En bouche, toute la vitesse du gamay, aidée par une complexité que l’on ne retrouve jamais dans ce cépage. Long, bon. Je suis le chemin de Jean-Sébastien et accompagne la noix de veau, je recommande une préparation un peu laborieuse, car ce vin doit être sublimé.

J’espère avoir été assez clair et exhaustif sur une notion que je vous ai donnée sur ce domaine, mais je vous promets qu’en plus de la vidéo de la conversation, j’irai bientôt au vignoble pour vous montrer à quoi ressemble son domaine et croyez-moi, cela vaut le détour.

Giovanni Curcio

adaptation par Mathias di Lauro Sanseverino

Sommelier au restaurant Lucas Carton à Paris. Ses passions: le vin, la viticulture, les voyages dans les vignobles et la gèographie des vignes; ...ah oui, les cèpages!

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